Proposition de débat constructif à deux
par Philippe_69s, le 26 Novembre 2007 à 20:25 (modifié le 28/11/2007 à 00:30)Je suis surpris du nombre d’intervenants postant anonymement leur commentaire ; donner juste son prénom sans aucune autre précision étant une forme d’anonymat déguisé. Si vous assumez ce que vous écrivez, indiquez au moins votre prénom, votre année d’étude, votre email pour qu’on puisse vous répondre même après clôture du forum pour ceux qui veulent le prolonger.
En lisant les nombreux intervenants, je constate la violence des propos souvent tenus de part et d’autre. C’est un peu comme si nombre d’entre vous s’exprimait à chaud, d’une manière très émotionnelle, sans aucun recul qui est pourtant nécessaire pour rendre constructive une discussion. Ce n’est pas en invectivant celles et ceux qui ne pensent pas comme nous qu’on construit quoi que ce soit. On ne fait qu’enliser les choses où invectives des uns suivent invectives des autres et la violence des propos ne fait qu’augmenter dans un cercle vicieux.
C’est sûr qu’il est beaucoup plus facile de vouloir ridiculiser celles et celles qui ne partagent pas notre manière de voir en les traitant de « vieux gaucho » ou de « facho » etc plutôt que de répondre sur le fond. Les études doivent nous apprendre une certaine rigueur intellectuelle. Elle n’est pas facile à mettre en pratique, c’est à chacun de faire l’effort. Chacun a une part de vérité.
Les vote de blocage d’une Université par des Assemblée générales d’étudiant posent, à mon sens plusieurs problèmes :
- Un problème de légitimité : Nous sommes probablement plus de 30000 étudiants inscrits à notre Université. Aucun amphithéâtre, ni même un halle de sport à Lyon 2 ne peut contenir une Assemblée générale représentative des étudiants, dans l’hypothèse où tous les étudiant-e-s seraient disponibles et informé(e)s à l’avance du moment et du lieu de cette AG. Et je ne parle pas de la très faible représentativité des élus étudiants (- de 10 % de votants en général aux élections)
Quelles solutions pour ce problème ? Il y en a plusieurs.
On peut imaginer qu’il y ait un vote électronique organisé (après éventuellement des vidéos conférences) accessible avec le n° d’étudiant sur le site même de Lyon 2 pendant un certain laps de temps (adapté aux différents emplois du temps). A ma connaissance, lors de la contestation étudiante d’il y a un peu plus d’un an, des difficultés techniques avaient été présentées par la présidence (contrairement à l’actuelle présidence) pour déclarer impossible un vote électronique. Là, on ne nous demande que notre avis. Ce n’est donc pas un vote à proprement parler.
On peut imaginer aussi des élections dans chaque filière, de chaque année, dans chaque promo afin que ce ne soit plus que les représentants « décentralisés » des étudiants qui sont eux plus « légitimes » pour prendre des décisions.
- Un deuxième problème, plus fondamental et plus difficile encore (à mes yeux), c’est celui de la nature de la décision dont il s’agit : un blocage. Des étudiants peuvent-ils interdire à d’autres étudiants l’exercice de leurs droits d’étudiants, c’est-à-dire en l’espèce l’exercice du droit d’aller en cours.
Personnellement, j’ai une petite expérience de ces mouvements puisque j’étais étudiant en 1995 lors des grandes grèves et du blocage décidé à l’époque. J’ai arrêté les études pour travailler quelques années plus tard, et depuis deux ans, j’ai repris mes études là où je les avais laissées.
Je sais que la grève est un droit constitutionnellement reconnu, que le blocage d’un établissement n’est pas une spécificité étudiante (ex : blocage d’une usine, blocage d’un service public etc) mais ce n’est pas parce qu’une manière de faire pression sur un interlocuteur est couramment utilisée que cela la rend légitime. L’esclavage a été couramment utilisé et l’est toujours dans une large partie du monde, on peut pourtant juger ce procédé contraire à une valeur fondamentale : la dignité de la personne humaine… J’entends aussi un discours très fermé à ce sujet. Il consiste à dire : pour faire pression sur le gouvernement, il n’y aurait que la paralysie de l’Université et cela est d’ailleurs déjà, par le passé, parvenu à des résultats. Un procédé peut aboutir à des résultats immédiats mais en trompe l’œil puisque le problème auquel il s’est attaqué revient d’une manière récurrente. Avant de dire que ce serait la seule manière de faire, je me demande si on a essayé autre chose et dans la négative, si on a cherché à voir d’autres manières de faire. Il est vrai que ce n’est pas simple de sortir de ces habitudes en se demandant s’il n’y a pas des moyens plus efficaces, probablement pas à court terme mais à moyen terme afin de sortir de ce qui est à mes yeux une confrontation relativement stérile.
En effet, depuis maintenant plus de 25 ans, la France connaît le chômage de masse, qu’aucun gouvernement, quelle que soit sa couleur politique, n’est parvenu à résorber. De nombreuses réformes ou tentatives de réformes de l’enseignement supérieur, de la formation et du code du travail se sont heurtés à l’opposition d’une partie de la population et n’ont rien changé fondamentalement à la situation existante. Je ne suis pas en train de vous dire que le gouvernement actuel serait plus méritant que les autres. Je ne le pense pas.
Nos (arrières) grands parents ont connu un marché de l’emploi dominé par le monde agricol. Aujourd’hui, il représente moins de 5% des actifs. Il y a 10 ans, de nombreux métiers n’existaient pas encore alors qu’aujourd’hui ils concentrent un nombre croissant d’actifs : je pense à tout le secteur de l’internet. Et une part importante des métiers que nous exerçons au cours de notre vie sont à inventer…J’ai le sentiment que dans cette société en pleine mutation, nous raisonnons encore avec des outils hérités d’un monde qui se meurt, le monde (en gros) de l’après deuxième guerre mondiale. Bien-sûr, ce n’est pas en un jour ni en une semaine (ou en un mois, ni même en un an) que l’on va trouver à remplacer les vieux outils par des nouveaux. Cela demande du temps pour se remettre en questions, pour réfléchir, pour imaginer, pour proposer, pour innover, pour expérimenter. Dans ces périodes de changement, il est bon de se poser la question de ce qui fondamental, de ce qui ne l’est pas, de ce qui doit changer etc De mon côté, je trouve fondamental qu’en aucune circonstance on ne porte atteinte aux droits individuels d’autre(s), même au nom d’une valeur, d’un combat qui serait « au dessus » comme c’est le cas du blocage qui est une atteinte aux droits individuels des étudiants d’aller en cours au nom d’un combat qui serait « au dessus », la défense de notre avenir et celui de l’enseignement supérieur (concrètement le retrait d’une loi), et donc qui pourrait piétiner les premiers droits précités. Je voudrais rappeler que ceci est un procédé très commun. Pour amener les appelés à la guerre, on leur dit qu’ils vont combattre pour la liberté, pour la patrie et autres grandes valeurs « transcendantes » au nom desquelles des Hommes vont tuer d’autres Hommes. Vous me répondrez peut-être je mélange tout. Je ne dis pas que les deux situations sont pareilles. Je dis seulement que, dans les deux cas, c’est la même logique. Dans la deuxième situation, cette logique est « jusqu’au boutiste » contrairement à la première situation. Sans exagérer, cela vient peut-être seulement du fait que la cause dont il s’agit n’est pas autant vitale ou ressentie comme telle par les personnes concernées.
A moi à présent d’aller au bout de ma logique. Le droit d’aller en cours n’est pas un droit si fondamental, me diriez-vous peut-être. Ce n’est pas si grave une semaine ou deux (…) de blocage. Ce n’est pas faux. Mais n’y a-t’il pas le risque en trouvant ‘normal’ des petites violations de droits de se préparer à en supporter ‘un jour’ de plus grandes ?… Les exemples historiques ne manquent malheureusement pas… Ne nous mettons pas en tête qu’il n’y a que les grands « NON » qui sont importants à dire. Ceux-là se présentent rarement, et heureusement, dans une vie. Par contre, une vie est pleine de plus ou moins « petits » NON et c’est en les exprimant chaque fois que c’est nécessaire que l’on prévient la venue du moment où il faudrait dire un grand « NON ». En effet, les situations les plus graves ne viennent jamais spontanément. Il y a toujours une gradation. Avant qu’une armée ou qu’un groupe de personnes ne se livre aux actes les plus odieux, ils sont d’abord nés, ont grandi dans une ambiance où la haine avait sa place, ils ont appris le maniement d’outils ou d’armes, ils les ont testés, ils se sont entrainés, ils ont faits des opérations de moindres envergures avant de faire le plus grave… Ce sont ces raisons qui motivent le fait que je suis actuellement étudiant en droits de l’homme.
Olivier, M 2 R droits de l’homme
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Tags : etudiants, blocage, droits, deux, autres
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